LE DEVOIR DINFORMATION DU PATIENT PAR LE MEDECIN PREALABLEMENT A TOUT ACTE MEDICAL
Par Laetitia MOUGENOT
Avocat à la Cour
Le patient doit donner son consentement à tout acte médical. Le principe a été réaffirmé dans la loi du 4 mars 2001 sur les droits des patients. Les seules exceptions à ce principe du consentement du patient sont lurgence qui ne permet pas au médecin de recueillir le consentement du patient ou de sa famille, et le refus du patient qui préfère sen remettre au médecin. Le consentement du patient na de valeur que si le patient a conscience de ce quimplique son accord. Dans ces conditions la jurisprudence et la loi imposent au médecin dinformer le patient. 1/ lobligation dinformation préalable Avant de pratiquer lacte médical, le médecin doit donner une information sur le contenu de lacte médical envisagé, sur son opportunité et sur les risques quil implique. Quant aux conséquences de lacte envisagé dont le patient doit être informé, aux termes de la loi du 4 mars 2001, le médecin doit seulement faire état des risques fréquents ou normalement prévisible en létat des connaissances de la médecine. Ladite loi a donc mis fin à une dérive de la jurisprudence qui tendait à condamner le médecin lorsquil navait pas informé le patient de tous les risques, mêmes exceptionnels. De même le médecin doit informer le patient des risques encourus si lacte nest pas pratiqué. Le refus du patient lorsquil a pour conséquence de mettre en danger la vie du malade autorise le médecin à tout mettre en uvre pour convaincre le patient daccepter. Ici le principe du respect du consentement entre en conflit avec lintérêt du patient et donne lieu à des débats éthiques et philosophiques que le droit a parfois du mal à appréhender. Cette question de lintérêt du patient se pose dailleurs en matière dinformation dans la mesure où un patient na pas toujours la force daffronter la vérité et quil peut être préférable de le préserver. Cependant le médecin, qui peut se dispenser de fournir certaines informations quant au diagnostic, ne peut cacher des informations au patient quant aux risques dun acte médical. Le médecin qui va pratiquer lacte doit donc informer le patient préalablement à la délivrance des soins, mais aussi après les soins si de nouveaux actes sont prévus ou si létat du patient saggrave. Le médecin qui a prescrit lacte est lui aussi tenu dinformer le patient, et il ne peut se contenter de sen remettre à celui qui va accomplir lacte, dautant que très souvent la relation quil a avec le patient est plus ancienne ou repose sur la confiance. 2/ La responsabilité du médecin pour défaut dinformation Le défaut dinformation justifie la mise en cause de la responsabilité médicale du médecin par le patient sil en résulte un dommage pour le patient. Ainsi, si le risque dont le patient navait pas été informé se réalise, le médecin peut être jugé responsable et condamné à réparer le préjudice subit. Cependant les tribunaux prendront le plus souvent en compte la réaction probable du patient si il avait été informé des conséquences possibles. Cela signifie que les tribunaux cherchent à savoir si le patient aurait accepté lintervention même si il avait connu les risques. Cest au médecin quil revient de prouver quil a bien informé son patient. Cette preuve peut se faire par tous moyens comme par exemple un témoignage dun tiers, des notes circonstanciées au dossier médical, la remise dune notice personnalisée au patient. Les organismes professionnelles insistent sur la nécessité dune information orale, de meilleur qualité car plus humaine et pouvant donner lieu à un dialogue. Néanmoins une information écrite est un meilleur gage de sécurité juridique. Une double information orale et écrite est donc recommandée. La mise en jeu de la responsabilité médical donne lieu le plus souvent à une expertise médicale qui aura pour but dinformer le juge sur les circonstances de lacte médical, les options thérapeutiques, le contenu de linformation qui aurait du être délivrée, les conséquences de lacte médical et les préjudice subit. Cest sur la base de cette expertise que le juge décidera de juger le médecin coupable et de le condamner à réparer en versant des dommages et intérêts le cas échéant. La réparation est fondée le plus souvent sur la perte dune chance et ne répare donc pas le préjudice dans son entier. (Novembre 2002) |