La rupture brutale de relations commerciales établies
Par Laetitia
Mougenot
Avocat à la Cour
Dans les relations commerciales, il est important que les partenaires se comportent de bonne foi et nabusent pas de leur position de force pour permettre des échanges équilibrés. Le législateur se soucie de la qualité des relations commerciales et condamne les comportement de certain qui croient à tort que tout est permit dans les affaires. Ainsi, aux termes de larticle L.442-6 al 5° du Code de commerce : « Engage la responsabilité de son auteur et loblige à réparer le préjudice causé le fait pour tout producteur, commerçant, industriel ou artisan de rompre brutalement, même partiellement, une relation commerciale établie, sans préavis écrit tenant compte de la durée de la relation commerciale et respectant la durée minimale de préavis déterminée, en référence aux usages du commerce, par des accord interprofessionnels. » La loi sanctionne donc toutes ruptures de relations commerciales lorsque lune des parties agit de mauvaise foi en mettant fin brutalement et sans motif légitime à une relation commerciale entre deux partenaires commerciaux. Une présentation des principes de base en la matière permettra de mieux appréhender les difficultés qui se posent dans lexécution de ce texte. 1/ La notion de relation commerciale établie Par établie il faut entendre notamment durable, constante, intense, en progression, significative par rapport au chiffre daffaire. Ces critères ne sont pas cumulatifs mais constituent des indices quant à lexistence et à la qualité de la relation commerciale. 2/ La notion de rupture La notion de rupture sentend largement puisquil peut sagir de la résiliation dun contrat à durée indéterminée, le non-renouvellement dun contrat à durée déterminée parvenu à son terme, la cessation de relation contractuelle non formalisée par un contrat ou encore la modification délément essentiels de la relation commerciale. La rupture peut être totale, mais aussi partielle si le volume des échanges est diminué de façon importante par exemple. 3/ Le motif de la rupture Le motif de la rupture na pas dinfluence sur son caractère abusif. Ainsi peu importe que la rupture ne soit pas motivée ou que le motif invoqué soit mensonger. Ce nest pas le motif qui justifie la condamnation mais le caractère brutal de la rupture. Il existe deux exceptions : linexécution dune obligation par une des parties ou la force majeure qui autorisent la rupture sans préavis des relations commerciales. 4/ Le caractère brutal de la rupture La jurisprudence a qualifié la brutalité de la rupture de « imprévisible, soudaine et violente ». Lentreprise victime de la rupture ne doit pas avoir anticipé la rupture du contrat. La rupture est brutale dès lors quil ny a pas eu de préavis ou que la durée du préavis était insuffisante. En effet, le préavis a pour objet de permettre à lentreprise de chercher de nouveaux clients et débouchés pour compenser la perte dactivité engendré par la rupture de la relation commerciale. En labsence de préavis, lentreprise victime de la rupture doit faire face du jour au lendemain à une baisse dactivité. La durée du préavis est en rapport avec la durée de la relation commerciale avant sa rupture. La durée doit être fixé par des accords interprofessionnels, à défaut les usages sappliquent (a titre dexemple préavis de 6 mois pour 2 ans de relations commerciales ; préavis de deux ans pour onze ans de relations). La loi du 15 mai 2001 a précisé que le préavis devait être écrit pour éviter tout abus. 5/ Le préjudice réparable causé par la rupture La partie victime de la rupture sans préavis peut demander la réparation des préjudices suivants:
En conclusion, il est toujours préférable lorsque lon veut mettre fin à une relation commerciale de respecter un préavis sauf à prendre le risque de se voir condamner à réparer le préjudice du partenaire lésé. Quant à la partie qui sestime lésé, il convient, sil veut voir sa demande de réparation prospérer quil puisse justifier de son préjudice en présentant des preuves de limpact négatif de la rupture brutale de la relation commerciale. (Decembre 2004) |